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Le Kut : Force vitale et mandat céleste
ArticlesMythologie

Le Kut : Force vitale et mandat céleste

Publié le 18 janvier 202412 min de lecture

Introduction

Le concept de Kut est fondamental dans la pensée turcique ancienne. Ce terme désigne à la fois une force vitale spirituelle et le mandat céleste accordé par Tengri aux souverains dignes. Comprendre le Kut, c'est saisir l'essence de la légitimité politique et spirituelle dans les sociétés turques traditionnelles.

Nature du Kut

Le Kut est une énergie divine, une grâce ou une fortune accordée par Tengri. Il ne s'agit pas d'un pouvoir personnel mais d'une bénédiction céleste qui peut être accordée ou retirée selon la volonté du dieu du ciel.

Pour les individus, le Kut représente la force vitale, le destin favorable, la chance et la prospérité. Pour les souverains, il signifie la légitimité divine à gouverner.

Le Kut impérial

Les khagans turcs et mongols fondaient leur légitimité sur la possession du Kut. Les inscriptions de l'Orkhon proclament que les dirigeants règnent "par la grâce de Tengri", ayant reçu le Kut céleste.

Un souverain qui perdait des batailles, subissait des catastrophes naturelles ou échouait à protéger son peuple était considéré comme ayant perdu son Kut. Cela justifiait sa destitution, car Tengri avait manifestement retiré sa faveur.

Le Kut et l'âme

Dans la conception turcique de l'âme, le Kut est l'une des composantes spirituelles de l'être humain, aux côtés d'autres éléments comme le "tın" (souffle vital) et le "sür" (âme-ombre). Le Kut représente spécifiquement la part de fortune divine attribuée à chaque personne.

Transmission et héritage

Le Kut impérial pouvait se transmettre au sein d'une lignée, justifiant le principe dynastique. Cependant, il n'était pas automatiquement héréditaire : chaque prétendant devait prouver qu'il possédait son propre Kut par ses actions et ses succès.

Héritage contemporain

Le concept de Kut influence encore aujourd'hui certaines expressions et croyances populaires dans les sociétés turcophones. L'idée qu'un dirigeant doit être "béni" pour réussir perdure sous diverses formes.

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Sources

  • Jean-Paul Roux, "La religion des Turcs et des Mongols", Payot, 1984
  • Inscriptions de l'Orkhon (VIIIe siècle)
  • Abdülkadir İnan, "Tarihte ve Bugün Şamanizm", TTK Yayınları, 1954
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