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L'alphabet de l'Orkhon
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L'alphabet de l'Orkhon

Publié le 20 décembre 202314 min de lecture

Introduction

L'alphabet de l'Orkhon, également appelé écriture runique turque ou alphabet göktürk, est le premier système d'écriture créé spécifiquement pour transcrire une langue turque. Utilisé du VIe au Xe siècle, il constitue un témoignage exceptionnel de la pensée et de l'histoire des anciens Turcs.

Découverte et déchiffrement

Les inscriptions de l'Orkhon furent découvertes dans la vallée du même nom en Mongolie au XVIIIe siècle, mais leur écriture resta mystérieuse pendant plus d'un siècle. C'est en 1893 que le linguiste danois Vilhelm Thomsen réussit à déchiffrer l'alphabet, révélant que les textes étaient en vieux-turc.

Cette découverte fut une révolution : pour la première fois, on disposait de textes rédigés par les Turcs eux-mêmes, offrant une vision directe de leur histoire et de leur pensée.

Structure de l'alphabet

L'alphabet de l'Orkhon comprend environ 38 à 40 signes, principalement des consonnes. Il se distingue par plusieurs caractéristiques :

L'écriture se lit généralement de droite à gauche. Chaque mot est séparé par un double point. Les voyelles sont souvent omises ou indiquées par des signes diacritiques. Certaines consonnes ont deux formes selon qu'elles accompagnent des voyelles antérieures ou postérieures, reflétant l'harmonie vocalique turque.

Les inscriptions majeures

Les plus célèbres inscriptions sont celles érigées en l'honneur de Kül Tegin (mort en 731) et de son frère Bilge Qaghan (mort en 734). Ces stèles monumentales, situées dans la vallée de l'Orkhon, contiennent des récits historiques, des conseils politiques et des réflexions philosophiques.

Le texte de Kül Tegin commence par ces mots célèbres : "Quand le ciel bleu en haut et la terre brune en bas furent créés, entre les deux furent créés les fils des hommes."

Héritage et postérité

L'alphabet de l'Orkhon fut utilisé par plusieurs peuples turcs avant d'être progressivement remplacé par l'alphabet ouïghour, puis par l'alphabet arabe après l'islamisation. Cependant, son étude reste fondamentale pour comprendre l'évolution des langues turques et l'histoire des peuples des steppes.

Des variantes de cet alphabet ont été retrouvées de la Mongolie jusqu'à l'Europe de l'Est, témoignant de la diffusion de la culture turque à travers l'Eurasie.

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Sources

  • Vilhelm Thomsen, "Déchiffrement des inscriptions de l'Orkhon", 1893
  • Talat Tekin, "A Grammar of Orkhon Turkic", Indiana University, 1968
  • Marcel Erdal, "Old Turkic Word Formation", Harrassowitz, 1991
  • Inscriptions de Kül Tegin et Bilge Qaghan (732-735)
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